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Alchimie du couple et couple alchimique
par Michèle Théron

Existe-t-il un modèle de couple ? Un couple ou des couples ? Si le couple se définit sur la base de trois principes qui dessinent un cadre assez large : l’attachement, l’amour et la sexualité, il est relativement difficile de s’aventurer dans une description détaillée qui serait parlante pour chacun. Pourtant, une évidence s’impose : partir à la recherche du couple, c’est aller à la rencontre de notre couple intérieur, fait de féminin et de masculin, et c’est aller à la rencontre des couples, de tous les couples qui jalonnent notre vie, à commencer bien sûr par le premier, celui formé avec notre mère, cette dyade à l’empreinte éternelle.

L’EMPREINTE

Un premier couple fondé sur l’attachement.
L’attachement concerne notre espèce comme pratiquement toutes les espèces animales, et sans attachement nous mourrons (voir entre autres « Sous le signe du lien » de B. Cyrulnik). L’attachement est finalement comme la vie … une sorte de maladie incurable qu’il serait vain de vouloir éradiquer. Il est donc intéressant de souligner que ce n’est pas contre l’attachement qu’il faut lutter, qui lui est sain et naturel, mais contre la forme que nous lui donnons. Si l’attachement n’est pas un problème, c’est l’immaturité affective qui en est un, car elle nous le fait vivre dans la dépendance. La question est donc de savoir : comment allons-nous nous attacher ?
C’est le mode relationnel mis en place lors des premiers instants de la vie et la qualité de l’intime qui s’y vit, qui vont conditionner notre façon de nous attacher.

Dans l’attachement qui se noue à la mère ou au contraire parce qu’il y aura eu absence de mère, se met en place un lien ambivalent. Notre mère est-elle suffisamment bonne pour nous dire que la vie vaut la peine d’être vécue, mais aussi suffisamment frustrante pour nous dire qu’il nous faudra la conquérir ? Si nous la percevons suffisamment bonne, la vie et les autres nous sembleront aussi suffisamment bons à nos yeux. Si nous reconnaissons en elle une « mauvaise mère », elle devient alors celle qui, symboliquement, a le pouvoir de nous donner la mort.

Dans ce premier lien, existe un enjeu très fort : c’est ici que se jouent les forces d’Eros et de Thanatos. Ce lien laisse en nous une empreinte dont la force prédominante sera, soit bien ancrée dans la pulsion de vie, le désir, soit étroitement liée à la pulsion de mort, au renoncement. Comme ce lien est fusionnel, tant que nous sommes fusionnels à la mère ou à sa mémoire, nous restons par conséquence fusionnels aux modes relationnels appris, à la forme de l’intime mis en place, aux pulsions de vie ou de mort qui y sont associés.

Parallèlement, c’est aussi le moment où nos polarités féminines et masculines sont mises à l’épreuve, à la fois en fonction de notre genre sexué et en fonction du genre du parent prédominant dans l’attachement ou de la façon dont celui-ci vit ses polarités.
Comment notre mère vit-elle son féminin ? Son masculin ? Comment notre père montre-t-il son masculin ? Est-il en contact avec son féminin ? Comment l’un et l’autre parlent-ils des hommes et des femmes ? Quel genre est valorisé ou sous-estimé dans la famille ?
Pour certains ou certaines d’entre nous, une polarité sera dévalorisée, une autre surdimensionnée, et nous allons prendre appui sur ces polarités comme sur deux béquilles inégales qui vont faire de nous des boiteux.

Déjà s’ébauche un moule dans lequel nous allons plus ou moins nous glisser en fonction de nos problématiques. Une première alchimie s’opère dans l’équilibre entre notre féminin et notre masculin. Et c’est avec cette cartographie apprise dans le couple parent/enfant que nous allons partir à la conquête de l’amour...