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Changer malgré les résistances
par Michèle Théron

Le changement, processus compliqué et parfois douloureux, est impossible sans une mutation intérieure aidée par un regard nouveau sur soi-même et sur les autres.

Nous sommes tous concernés par le changement. La vie même est synonyme de changement. N'est-ce pas Bouddha qui disait : « Il n'existe rien de constant, si ce n'est le changement » ? !

Notre simple existence au sein d'un environnement qui exerce sa pression sur nous, nous oblige en permanence à évoluer et à nous adapter. Le changement nous sollicite à tous les niveaux : personnel (dans notre démarche individuelle), familial ( en tant que parent, pour aider nos enfants à grandir, pour se libérer du poids du passé ou pour évoluer dans notre couple), professionnel (les bouleversements techniques ou législatifs, l'évolution de notre carrière, la motivation), thérapeutique (comment être un accompagnant qui favorise le changement de l'autre), sociétal (les choix politiques, l'évolution des mentalités, la « modernisation »), ou spirituel (changer notre niveau de conscience, être capable de dire « oui » à la vie et d'accepter toutes les étapes de notre existence, -naissance, maturité, renaissances, vieillesse, mort-).

Le changement est un processus à la fois « quantitatif » et « qualitatif ». C'est par l'acquisition de différents savoirs, savoirs-faire, savoirs-être, qu'un individu peut être pris dans un mouvement qui va le mener petit à petit vers un autre point. Ce mouvement est soumis partiellement à sa volonté et lui échappe aussi en grande partie. Cette absence de maîtrise totale du mouvement tient, entre autres, à la nature même de l'individu : il répond à des lois biologiques, universelles, qui le placent dans un contexte, un environnement, auxquels il répond.

Nous sommes pris entre deux forces.

Mais, liée inévitablement au changement, s'impose aussi une autre force : la résistance à ce même changement. Cette force, pour la psychanalyse, se définirait comme ce « qui s'oppose à la prise de conscience de ce qui a été refoulé ». Et nous sommes pris en permanence entre ces deux mouvements : l'un qui nous fait aspirer au changement, à l'évolution, à la résolution de nos problématiques, et l'autre qui nous en éloigne, qui résiste à toute action s'exerçant sur nous-mêmes et aspire à l'inertie. Cette contradiction entre la pression exercée par l'environnement, les événements, le mouvement de la vie, et la pression d'opposition exercée par l'individu qui résiste, n'est pas sans créer une certaine tension, voire une souffrance ! Notre peur de perdre, notre difficulté à lâcher la rébellion, l'orgueil, l'image, le pouvoir, les sécurités, les bénéfices, les croyances sont autant d'éléments qui agissent comme des freins.

Dans cette seconde dynamique, s'inscrivent toutes nos croyances obsolètes, tout ce qui fait obstruction à la nouveauté, à l'inconnu, à l'inattendu, à ce que nous ne pouvons pas maîtriser. En effet, l'être humain, dans sa biologie même, par le jeu de l'homéostasie, vise en permanence un équilibre en maîtrisant son environnement (molécules, éléments, événements, personnes,.). Pas étonnant donc, qu'il soit parfois si compliqué d'accoucher de notre désir de changement, lorsqu'il est entravé par le contrôle et par nos peurs. Sénèque disait « Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas. C'est parce que nous n'osons pas qu'elle sont difficiles ».

D'abord, se connaître

Et la première raison qui nous empêche de dépasser nos peurs, reste la non connaissance de nous-mêmes. « Continuer à souffrir sans améliorer son sort n'est pas de la patience, c'est de l'ignorance », disait Margaret Mead. Pour changer, nous ne pouvons pas faire l'économie de sonder nos profondeurs. Il faut plonger dans nos ombres, notre passé, notre héritage, nos valeurs et notre vision du monde. Il faut oser se décentrer par rapport à tout ce qui a été acquis, pour accéder à du neuf. Il faut cesser d'incriminer le monde comme responsable de notre incapacité à changer ou à aller mieux. Car le monde, c'est nous, et bien des grands sages nous l'ont dit. Tout d'abord Gandhi, qui affirme : « Nous devons être le changement que nous voulons voir dans ce monde ». Ensuite, Krishnamurti qui disait : « La transformation du monde est provoquée par la transformation de soi-même, car le soi est le produit et une partie de tout le processus de l'existence humaine. Pour se transformer soi-même, la connaissance de soi est essentielle, sans vous connaître il ne peut pas y avoir de transformation. »

Impossible donc d'échapper à la responsabilisation, à l'engagement et à la quête de soi...