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Changer malgré les résistances
par Michèle Théron

Se mettre en cohérence avec la vie

Et nous sommes aidés en cela par la vie, la vie qui est toujours plus forte que l'individu. Un certain nombre d'événements s'imposent à nous parfois sous la contrainte et agissent finalement comme des facilitateurs de changement. Les frustrations, la souffrance, la maladie, les ruptures, agissent comme des moteurs pour nous mettre dans le mouvement de la vie, en attendant que notre besoin d'intégrité intérieure et que le contact avec notre pulsion de vie réveillent notre moteur intérieur et nous mettent en cohérence avec la vie. En effet, à défaut de dire un « oui » inconditionnel à la vie, nous sommes placés face à des événements que nous allons vivre de façon douloureuse et qui vont nous obliger à changer, à trouver de nouvelles ressources. Nous y serons « contraints », peut-être jusqu'à ce que nous décidions d'anticiper les événements et de changer par nous-mêmes. C'est notre degré d'ouverture qui va déterminer la force des événements auxquels nous seront confrontés, c'est lui qui va nous permettre de « digérer » avec plus ou moins de facilité l'impact de ce qu'il nous faut intégrer comme nouveau, et qui nous faisait défaut jusqu'alors. Faut-il comprendre que la force de l'impact des événements qui nous est imposée est proportionnelle au manque de cohérence qui nous habitait, ou encore, proportionnelle au niveau de conscience qui était à atteindre ? Chaque épreuve dépassée, chaque transformation assumée, sans regret, sans douleur, sans rancune, nous ouvre en effet à un niveau de conscience supérieur, à un élargissement qui est un gain extraordinaire, tant sur le plan personnel que dans notre rapport aux autres et au monde.

Une résistance inévitable

Néanmoins, ne fustigeons pas non plus les résistances. Elles sont l'expression, dans un premier temps, d'une intelligence qui nous permet de vivre (même dans la survie), quand nos capacités d'adaptation sont dépassées. La résistance est en effet un temps de maturation nécessaire à l'évolution, qui permet à l'individu d'intégrer les nouvelles données qui vont modifier son être, son environnement et toucher son intime.

C'est parfois lentement qu'il faut réapprendre à accueillir la vie, quand autrefois elle nous avait blessés et laissés dans des retranchements destinés à nous protéger d'elle. Il faudra parfois du temps pour accueillir à nouveau les événements en respectant nos capacités d'intégration, au risque de maintenir certaines résistances en place. Mais il nous faut surtout entamer un processus intérieur, un mouvement qui va autant au cour de nous-mêmes que vers l'extérieur. Une démarche qui amorce un changement sera facilitée par l'écoute, la reconnaissance et la validation de notre vécu. Légitimité, droit à l'erreur, bienveillance, respect, empathie, sont autant d'éléments qui permettront de retrouver un sentiment de sécurité intérieure et de reconquérir l'estime de soi, sans laquelle il est difficile de changer.

Retrouver et aimer le féminin intérieur

Changer, c'est s'aimer, s'aimer pour ses erreurs, ses incohérences passées, et se pardonner d'avoir eu des limites. Changer, c'est s'aimer dans notre capacité à grandir, c'est se vouloir plus grand, même si cela prend du temps. Changer, c'est aimer la vie et avancer avec elle. Changer, c'est aussi le moment de prendre conscience de notre besoin des autres, sans lesquels nous ne pouvons exister, même dans une démarche d'individuation. Les autres peuvent alors devenir un contexte facilitant, alors qu'autrefois ils étaient vécus comme une contrainte ou une possible blessure. Ils deviennent des vecteurs pour notre transformation et leur présence prend un sens tout particulier dans notre vie, en nous obligeant à être impliqués et conscients.

Cette conscience ne pourra s'appuyer que sur la restauration de notre monde intérieur qui est l'autre face, inconsciente, de notre potentiel. C'est notre féminin intérieur, à nouveau « épousé », qui nous permettra l'accès à notre transformation, qui sera alors une véritable mutation. Car ce « féminin de l'être », est « prodigieusement riche d'énergies potentielles » (1).

Cette nouvelle conscience est le fruit d'un contact constant avec notre ressenti, moteur interne et individuel, qui permet à chacun de trouver la voie juste pour lui. Car, comme le disait Ibn El Arabi (2), « Tu es toi-même le but de ta quête ».

Michèle THÉRON
Naturopathe
Thérapeute psycho-corporel
06.85.67.73.54