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La sexualite : Chemin vers soi, chemin sacré
par Michèle Théron

ENCADRE

L'Amoureux : l'incarnation du désir et du choix.

La sixième lame du tarot représente un homme au milieu de deux personnages : une jeune femme dont l'une des mains pointe son cour, et un autre personnage, plus sévère, qui lui pose la main sur l'épaule. Au dessus d'eux, Cupidon, prêt à décocher sa flèche.

Cette carte évoque le couple, c'est à dire la première dualité et parle du désir, du choix et de la quête intérieure. Pour l'aspirant, pour l'Amoureux, il s'agit de choisir entre la raison et l'amour, entre la voie profane ou la voie sacrée. Cette carte nous montre un Amoureux serein, car il a la main à la ceinture. La ceinture est signe de force et de pouvoir, symbole de protection, de purification. Elle est portée sur les reins qui, selon la Bible, symbolisent la puissance, la force et la justice. Le voyageur qui la portait montrait ainsi qu'il était prêt à affronter le danger. C'est aussi ce qui attend symboliquement l'Amoureux qui doit se positionner, choisir sa voie, car devant lui s'ouvrent deux chemins et il a un pied sur chaque. Dans certaines cartes du Tarot, l'Amoureux est représenté avec une jambe rouge et une jambe bleue, pour bien montrer cette dualité.

C'est une carte qui relie le charnel et le spirituel, car L'Amoureux qui s'engage sur la voie de l'amour et du sacré a écouté ses désirs. Les désirs sont une voie de l'éveil, un moteur pour accéder à notre voie. Ils sont reliés au cour par le biais des émotions, car pour s'engager, il faut faire descendre l'énergie du 3ème chakra (plexus solaire), dans l'énergie du 2ème chakra, qui est le lieu de la sensualité, de la dualité homme/femme, là où s'incarne le verbe « je désire » et qui nous questionne sur « comment je suis désiré ». La terre labourée que l'on aperçoit derrière les personnages signifie que pour en arriver là, il faut avoir fait un travail psychologique et spirituel.

Cupidon, qui est placé dans le soleil (3ème chakra), attend que l'homme fasse un choix. Ce n'est qu'après qu'il interviendra en sa faveur, répondant ainsi à l'adage « pose la première pierre et le ciel t'aidera ».

ENCADRE

L'énergie des reins.

L'énergie sexuelle, située au niveau des reins, est bien souvent méconnue et le creuset de formidables ressources à explorer pour atteindre des états de bien-être et les sublimer.

Par des méditations, des respirations (pranayama), des exercices de Qi Gong Taoïste, l'énergie peut se libérer, être canalisée et s'amplifier à travers le corps et les différents organes. Reliée à l'ouverture du Cour et de l'Esprit, selon l'Alchimie Taoïste, elle apporte une réelle transformation de l'Etre dans sa globalité.

VIVRE SA SEXUALITE POUR TOUCHER AU SACRE

Rappelons que le sacré n'est pas le religieux, mais qu'étymologiquement, le sacré est ce qui est « mis à part », écarté du vulgaire, car n'est devenu vulgaire, profane que ce qui s'est séparé du sacré. Annick de Souzenelle, psychothérapeute spécialisée dans le symbolisme du corps humain et la Kabbale, nous rappelle que le mot « secret », qui vient du latin « secernere », veut dire mettre à part. La symbolique de l'arbre des Séphiroth, l'arbre de vie qui représente dix énergies divines, dix archétypes, se superpose au schéma corporel. « Yesod », que l'on pourrait situer au niveau du second chakra, signifie « le fondement » et correspond à la sexualité. « Yesod » contient lui aussi la racine « sod », qui signifie « secret », qui participe du « sacré ». C'est Yesod qui donne naissance aux premières vertèbres de la colonne vertébrale qui sont justement appelées « sacrées ». Toute fonction liée à ce niveau est sacrée. S'il y a eu une désacralisation de la sexualité, la responsabilité en revient à la religion qui a décrété que la procréation était sa seule finalité. Pourtant, A. de Souzenelle nous dit de ne pas oublier que « Yesod » est « l'entrée de la chambre nuptiale, sanctuaire où s'accomplissent les noces secrètes de l'homme et de la femme. » (7)

Il est en effet intéressant, de voir que cette partie anatomique de l'être humain, la zone génitale, le bas des reins, si souvent dépréciée, si loin de notre tête qui maîtrise tout, soit associée à ce caractère sacré et qu'on ait justement nommé les vertèbres qui s'y trouvent « sacrées ». Il est encore plus remarquable de savoir que la Tradition rapporte que le mot « Luz », dont tous les dérivés dans notre langue signifient « lumière », est attribué à un os à la base de la colonne vertébrale, très dur, indestructible, où l'âme demeurerait même après la mort. Ainsi le sacrum représente l'Arbre en germe, et c'est par le déploiement de la Kundalini que cette zone s'éveille pour atteindre les divers chakras jusqu'au troisième oil.

Cela signifie que cette zone ne doit nullement rester endormie, mais qu'elle demande à être vécue avec justesse. Car, nous dit A. de Souzenelle, « toute ascèse qui serait écrasement est fausse ; tout refus d'ascèse est également faux. »

Ce « sanctuaire où s'accomplit les noces secrètes », est une idée reprise dans tous les écrits et les travaux parlant d'alchimie. L'Oeuvre dont parlent les alchimistes, est un processus qui reprend perpétuellement les épousailles comme moyen d'atteindre « la pierre philosophale », « opération par laquelle la femme se transforme en homme et l'homme en femme et où il ne font plus qu'un. » (8) C'est la réunion des éléments originels, Sulphur et Mercurius, qui forment alors un être androgyne, pour accéder à une unité plus haute. L'homme et la femme forment un couple d'opposés, ils vont ensemble reformer l'unité primitive de l'amour.

Car Eve fut créée de l'essence d'Adam, c'est à dire de l'aspect féminin de son être. Le but de l'existence terrestre serait la réunion des deux aspects opposés. La voie qui y mène passe alors par les sens et l'assouvissement de la sexualité, « ce à quoi font obstacle les fausses doctrines morales et le dogmatisme religieux qui est un instrument de répression sexuelle. » (9)

N'oublions pas que Eros est une pulsion de vie. Si Freud a tenté de libérer les énergies sexuelles qui y étaient associées, il n'a pas perçu, selon A. de Souzenelle, les énergies les plus hautes qui y étaient aussi refoulées, à savoir les énergies spirituelles, en tant que conscience qui permet de participer à un nouveau champ du réel. Dans sa quête, l'Homme est « aujourd'hui à la recherche d'une qualité de l'éros qui ne peut s'investir que dans le spirituel et qui resacralisera la sexualité ». (10)

Nous sommes tous très fragiles quand il s'agit d'évoquer notre sexualité, aussi est-il essentiel de communiquer avec respect, compréhension et égards. Pour commencer, il faut doucement revenir à la notion de « corps sensoriel », centre d'échanges intimes, et non de possessions, avec cette vision selon laquelle une expérience sensuelle raffinée a plus de prix que le brusque soulagement d'un besoin. C'est redonner sa place à l'érotisme, plutôt qu'à une simple sexualité. Mais pour cela, il faut être en contact avec quelque chose d'essentiel : l'intimité. L'intimité avec soi, et l'intimité avec l'autre, ce qui est un luxe affectif que tout le monde ne connaît pas. L'intimité, vécue, non reniée, est ce qui va nourrir affectivement le couple et sa sexualité. Dans l'intimité, nous pouvons rester vivants. Et c'est bien cette sensation d'être vivants, qui nous garde au cour de la vie et nous invite à une autre conscience. La conscience de faire partie d'un tout, sans être séparé.

Dans cette symbolique qui fait de l'homme le soleil ou le ciel, de la femme la lune ou la terre, la sexualité est ce qui va permettre de relier l'un à l'autre notre ciel et notre terre, en traversant notre chair pour illuminer notre cour jusqu'à notre âme et nous faire grandir à l'infini.

Michèle THÉRON
Naturopathe
Thérapeute psycho-corporel
06.85.67.73.54