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Sélection rubriques : Sommaire | Revue de presse | Glossaire | Salons - Congrès |La sexualite : Chemin vers soi, chemin sacré
par Michèle Théron
QUITTER SES CROYANCES POUR AIMER SON CORPS
Le corps est le vecteur incontournable de notre sexualité. Si nous avons nié notre corps, la sexualité nous rappelle à lui. Elle nous oblige à le regarder, à le vivre autrement, à nous en occuper, à être à son écoute. Nous pouvons alors être douloureusement confrontés à des limites qui viennent de notre vécu et de notre difficulté à nous accepter.
Le corps est en effet le support de l'estime de soi. Cette estime se construit dès la petite enfance et elle est liée à l'image que nous avons de notre corps. Françoise DOLTO parle de « l'image du corps », qu'elle qualifie d'entièrement inconsciente, contrairement au schéma corporel. Pour elle, l'image du corps est « la synthèse vivante de nos expériences émotionnelles. C'est grâce à notre image du corps portée et croisée à notre schéma corporel que nous pouvons entrer en communication avec autrui,(.) » (2)
Cette image de soi se sera constituée essentiellement autour des émotions et des sensations corporelles véhiculées par les cinq sens. Parmi ces sensations, celles de plaisir et déplaisir liées aux différentes zones érogènes constituent bien sûr des découvertes importantes. Cette différence entre « image du corps » et « schéma corporel » a aussi été validée par Paul SCHILDER, psychanalyste et neurologue. Ses travaux ont montré que les sensations corporelles sont liées à l'investissement narcissique de soi et "on voit qu'à travers l'image du corps, le soi est une représentation fortement marquée par le narcissisme". (3)
Ainsi le corps est le support du narcissisme (l'amour de soi) et son image est la représentation inconsciente où va naître le désir. Sans image positive du corps, le désir sera absent ou amputé, la relation à autrui sera difficile, car difficile avec soi-même.
De cet investissement narcissique vont dépendre l'amour et l'estime de soi, qui se traduiront dans notre vécu par : se sentir "bien ou mal dans sa peau", se trouver beau ou laid, s'aimer ou parfois même se détester. L'absence d'une image corporelle gratifiante est source de somatisation et de mal-être. Le corps est vécu alors comme un lieu de conflit, où des éléments inconscients sont enfouis et source de tensions. Et comme nous imaginons le monde sur le modèle de notre corps, nous projetons nos conflits sur l'extérieur.
Notre corps, nous l'avons aussi construit sur le modèle de notre mère. Car à la question "que voit le bébé quand il regarde le visage de sa mère ?", Donald WINNICOT, pédiatre et psychanalyste, fait cette réponse : "Généralement, ce qu'il voit, c'est lui-même. En d'autres termes, la mère regarde le bébé et ce que le visage exprime est en relation directe avec ce qu'elle voit". En effet, "Selon que ce visage exprime l'amour, la tendresse, l'admiration ou la tristesse, l'angoisse, le rejet (.) l'enfant va investir différemment son corps et l'image de soi". (4)
L'intégration de notre identité corporelle se fait aussi par notre identité sexuelle, lorsque nous sommes amenés à nous reconnaître garçon ou fille. Cette identité sexuelle ne résulte pas seulement du sexe anatomique, elle découle des identifications de la petite enfance et notamment de celles qui se nouent autour du complexe d'Odipe. Ces identifications se font de manière prépondérante au parent du même sexe et par la suite, l'identité sexuelle prend appui sur les modèles de la féminité et de la virilité proposés par la culture.
Un héritage transgénérationnel
Ces modèles nous sont transmis par notre éducation. Mais notre sexualité ne commence pas avec notre histoire, avec notre naissance. Elle est l'héritière
de notre arbre généalogique, des lignées qui nous ont précédés. Notre passé familial est en effet peuplé d'hommes et de femmes qui chacun ont laissé une
part de leur destin dans notre vie. Que nous ont-il transmis de la féminité et de la masculinité ? Quelles traces ont-il laissé que nous continuons à
faire vivre en reproduisant des modèles, des schémas, des comportements qui ne sont pas forcément en adéquation avec ce que nous sommes ? Il faut alors
prendre conscience de ces fidélités inconscientes qui entravent notre développement.
Selon les histoires de chacun, nous pouvons être amenés à faire vivre davantage une polarité plutôt qu'une autre, à porter la culpabilité d'un acte vécu autrefois comme honteux, à refouler la sexualité parce qu'elle fait écho à des violences subies par nos ancêtres : viols, incestes, acte sexuel subi dans la résignation. Combien de femmes mariées sans amour, obligées de subir la sexualité comme un acte répugnant, dont la conséquence était la mise au monde de nombreux enfants, source de souffrances, de charges et d'aliénation ? Combien d'amours déçus, impossibles, se soldant par des mariages arrangés, creuset de frustrations, de renoncements mal vécus ? Combien d'injonctions apprises par les femmes pour rester fidèles, passives, dans l'ombre, vivant dans l'excellence la soumission, le déni de soi ? Combien de femmes rendues impuissantes dans la double contrainte de leur condition : être mère -sans être femme- et être femme -au risque d'être « putain »- ? Combien d'hommes, répondant au même schéma, incapables d'avoir une sexualité libre avec « la mère de leurs enfants », et allant chercher leur plaisir ailleurs, quitte à payer pour cela une autre femme ?
Nos lignées familiales sont pleines d'histoires où femmes et hommes ont perdu la confiance en leur féminité ou leur masculinité, perdant ainsi le sens profond de la sexualité.
BIBLIOGRAPHIE
(2) F. Dolto, in L'image inconsciente du corps, 1984
(3), (4), cités par E.M. LIPIANSKY, in L'identité, Ed. Sciences Humaines
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