Le corps mémoire : aller aux sources de la souffrance
par Michèle Théron
Ce que nous avons de plus immatériel -pensées, sentiments, émotions-, se manifeste dans notre corps. L'inconscient est partout : dans nos rêves, nos lapsus, mais aussi nos organes, nos membres et notre peau. Le corps est l'endroit qui nous résume. Pour toucher notre être profond, il faut s'adresser à lui. C'est ce que proposent les techniques psycho-corporelles, qui ont pour ambition la libération des tensions et des émotions, permettant au corps de retrouver sa mémoire et son élan vital.
Tout événement déplaisant, réel ou fantasmé, induit une tension susceptible de s'enkyster et de créer des symptômes qui pourront surgir très longtemps après. C'est ainsi que d'anciennes blessures émotionnelles continuent à nous faire souffrir, alors que nous pensions les avoir enterrées au cimetière des éléphants. En psychothérapie, le corps a longtemps été marginalisé, déconsidéré et oublié. Honteux, impur, dérangeant -puisque c'est ici même que se trouve la source de toute histoire- il est temps de le réhabiliter et du même coup réunifier notre Etre.
Reconnecter la tête et le corps
L'importance des maladies psycho-somatiques est désormais acquise et par le monde médical et par le grand public. Il aura fallu attendre Freud, pour que les premiers éléments de psychosomatique voient le jour. Ses premières patientes souffrent toutes de maux étranges : paralysie, cécité, contractures, douleurs diffuses, sans cause organique décelable. Et lorsqu'il les invite à s'exprimer, à raconter leurs rêves, leur enfance, à libérer leurs émotions, ces symptômes disparaissent. C'est alors qu'on découvrit que les traumatismes du passé, ignorés de la conscience, pouvaient s'inscrire sur toute la surface corporelle.
Néanmoins, ce qui sous-tend ces maladies est rarement expliqué en profondeur et la plupart du temps, c'est encore en morcelant l'Etre humain que l'on
choisit d'expliquer ses problèmes : c'est sa « tête » qui ne fonctionne pas bien. On oublie que la racine de toute chose prend sa source dans l'Etre
tout entier, dans son histoire et que pour guérir, il faut retrouver cette histoire, retrouver son unité, ne plus séparer la tête et le corps.
Un symbolisme oublié
Pour comprendre les maladies psychosomatiques, il faut replacer l'Etre humain dans son contexte social et universel. Nous dépendons d'un système de pensées, nous sommes héritiers de toute une tradition, tant au niveau de la pensée, que des symboles, de la religion ou de la morale. Notre histoire s'inscrit à travers l'histoire de l'Humanité et nous en sommes, en quelque sorte, le réceptacle. Vouloir chercher une identification en dehors de cet héritage, c'est amputer l'Etre humain de sa valeur archétypale (voir encadré), c'est le couper du monde des symboles. Ces symboles, loin d'être un jeu intellectuel, sont chargés de sens, une signification éprouvée au fil des siècles, relatée depuis des milliers d'années dans les livres sacrés taoïstes, les Védas, la Bible, les Evangiles, le Coran. Tous les rites et les mythes de l'humanité rendent compte de cette vision symbolique. Seule la science moderne a imposé une rupture avec cette connaissance et du même coup, a accepté une normalisation du non-sens de la souffrance et de la maladie.
Aujourd'hui, des auteurs renouent avec cette tradition et offrent à travers des écrits de qualité la possibilité de se reconnecter au sens caché des
choses. Annick de Souzenelle, dans « Le symbolisme du corps humain » et Michel Odoul, dans « Dis-moi où tu as mal, je te dirais pourquoi », rappellent
tous deux que « les cris du corps sont les messages de l'âme ».
La maladie : un recentrage nécessaire
Comprendre les mécanismes psycho-énergétiques qui sous-tendent la maladie est le seul moyen de retrouver l'état de santé. Cela signifie accepter de ne plus voir la maladie comme le fruit du hasard ou de la fatalité, mais comme un message de notre conscience intérieure. Cette démarche a un coût, car souvent il nous en coûte de grandir et d'aller vers la liberté. Mais si l'on accepte notre responsabilité, nous pouvons alors découvrir derrière notre souffrance, notre maladie, une « énergie créatrice », dans le sens qu'elle est le moyen d'évoluer et de progresser dans notre vie. Encore faut-il pour cela renoncer à l'image toute puissante du médecin « sauveur-guérisseur », pour se redonner le juste pouvoir de sa propre guérison.
En recherche constante de maîtrise et de domination des événements, ce n'est que réduit à l'état d'impuissance ou partiellement atteint dans notre image toute puissante, que nous nous interrogeons. Que signifie ce corps qui fait mal ? Qui est donc celui ou celle qui souffre, là, méconnaissable ? Par la force des choses nous sommes ramenés à nous-mêmes, à un questionnement inévitable.
Ces maux sont autant de cris que notre corps nous envoie, des signaux d'alerte, les témoins de nos déséquilibres. Notre réalité profonde parle, et plus
nous serons sourds à ses cris, plus les messages seront violents.