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Le corps mémoire : aller aux sources de la souffrance
par Michèle Théron

Le passager de la calèche
Pour s'en convaincre, reprenons l'image extrêmement parlante de Michel Odoul, empruntée à la tradition orientale. Nous avançons sur un chemin en utilisant un véhicule qui est notre corps physique et que nous pouvons comparer à une calèche. Cette calèche est tirée par deux chevaux, qui symbolisent nos émotions, un Noir (yin) et un Blanc (Yang) et dirigée par un cocher, qui représente notre mental. A l'intérieur de la calèche, il y a un passager que l'on ne voit pas, il s'agit du Guide intérieur. Si le cocher donne l'impression de diriger la calèche, seul le passager connaît la destination. Ainsi, de l'équilibre entre le cocher et les chevaux dépendra le confort du voyage. Si le cocher maltraite les chevaux (les émotions), ceux-ci risquent de s'emballer et de nous conduire à l'accident. Si le cocher n'est pas vigilant (mental pas assez en éveil), nous risquons de passer dans les ornières (reproductions des schémas parentaux par exemple) et d'aller dans le fossé. S'il ne tient plus du tout les rênes, ce sont alors les chevaux-émotions qui vont diriger la calèche. Si c'est le cheval noir qui domine, la calèche tirera à droite, guidée par les images émotives maternelles. Si c'est le cheval blanc qui domine, la calèche va tirer à gauche, vers les représentations émotives paternelles. Tout ce qui représente les aléas d'un voyage peut être comparé aux incidents que nous rencontrons sur notre route terrestre. Brouillard, virages, bosses, fossés, roue qui lâche, panne. Je vous laisse le soin de comparer avec les événements de votre vie, exercice d'une facilité enfantine !

Maîtriser ou dialoguer ?
La comparaison devient encore plus intéressante, si l'on imagine un cocher très sûr de lui, persuadé de tout connaître et de tout maîtriser. Il prendra alors une direction, persuadé d'avoir choisi le bon chemin, à l'image de la société rationnelle, persuadée que la raison et l'intellect peuvent tout résoudre. Alors qu'il suffirait que le cocher demande au passager le chemin à suivre, pour se rapprocher le plus possible de la bonne route à suivre. Pour cela, encore faut-il pouvoir entendre le passager, car le voyage est parfois fort bruyant, tant par le bruit des roues sur les cailloux ou dans les trous, que par les cris du cocher qui essaie tant bien que mal de maîtriser ses chevaux ! C'est alors qu'il devient indispensable de s'arrêter, faire une pause, et d'être enfin à l'écoute de son Maître intérieur. Si le voyage a été très mouvementé, le passager est peut-être un peu K.O. et le cocher est quant à lui sûrement sonné, voire un peu sourd par tant de vacarme. Il faudra alors un peu de temps avant qu'un dialogue bénéfique puisse s'engager entre le cocher et le passager, et que la calèche reparte plus tranquillement !

Une mémoire enfouie par le système nerveux
Ce « Maître intérieur », censé nous guider, nous pourrions aussi le comparer à notre mémoire corporelle. En effet, toute notre histoire, toutes nos émotions sont stockées dans notre corps, sorte de « boîte noire » où rien ne se perd. Car pour comprendre à quel point nos émotions vont agir sur notre corps, occasionnant somatisations, souffrance, maladies, il faut savoir comment ce phénomène se met en place. Nul besoin d'un mental performant, d'une conscience toute intellectuelle, pour stocker les émotions et les événements de la vie. L'individu est affecté par sa propre histoire, et celle-ci débute en fait dès les tous premiers mois de la vie intra-utérine, lorsque se constitue le système nerveux du fotus qui perçoit la douleur sans pouvoir se défendre. La vie occasionne des traumatismes, mais la nature nous a donné des moyens, grâce aux sécrétions chimiques du cerveau de nous défendre et de stocker le souvenir afin de le traiter ultérieurement.

L'intelligence cellulaire
Pour comprendre ce phénomène simple, mais dont l'acceptation n'est pas encore partagée par tous, un organisme unicellulaire microscopique, l'amibe, nous apporte une réponse à travers l'expérimentation scientifique. Dans un laboratoire de biologie, un chercheur ajoute quelques gouttes d'encre de Chine dans un récipient où se trouve une amibe. Face à ce « poison », l'amibe absorbe le pigment et le conserve dans une vacuole. Lorsque l'eau polluée est remplacée par de l'eau fraîche, l'amibe évacue alors l'encre et retrouve ainsi son état normal. Comme l'amibe, nous avons un système qui nous permet de stocker un « poison », un traumatisme, un événement ingérable, afin de nous préserver de ses effets pervers. Il suffira ensuite à notre organisme d'être en confiance, d'être « en eau claire », pour « relarguer » le traumatisme et s'en libérer.