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La mort, un miroir pour notre vie
par Michèle Théron

Le jour où la mort frappera à ta porte
Que lui offriras-tu ?
Je déposerai devant mon invitée le vase plein de ma vie.
Je ne la laisserai jamais partir les mains vides

Rabindranath Tagore

La Toussaint marque l'hommage des vivants rendu aux défunts. C'est souvent l'occasion de consacrer un temps de réflexion à la mort, sujet tabou et déstabilisant. Pourtant, comprendre le sens de la mort, c'est s'intéresser au sens de la vie. Accepter que nous sommes limités par elle, c'est nous donner la possibilité de jouir vraiment de la vie.

Parler de la mort est difficile car nous pensons souvent qu'en parler nous met en sa présence, nous en rapproche. Aussi ne pas en parler c'est un peu comme conjurer le sort...
Notre société n'a jamais autant mis sur un piédestal la jeunesse et le progrès. Tous deux nous maintiennent à distance de l'idée de la mort. Celle-ci devient une sorte de maladie honteuse à vaincre et c'est certainement la plus grande tromperie induite par notre société aujourd'hui. Car la mort est inéluctable et fait partie intégrante de la vie. Aussi sûrement que nous sommes nés, la mort viendra clore notre passage sur terre. C'est d'ailleurs la certitude de sa venue qui donne du relief à notre existence et qui nous pousse à créer. « Il n'y a en moi nulle pensée que la mort n'ait sculptée de son ciseau » (Michel-Ange).

Si ce point où culmine toute notre existence humaine reste un événement nié, relégué parmi les tabous, c'est qu'il reste mystérieux, chargé d'angoisse et d'appréhension. « Je n'ai pas peur de la mort, mais quand elle se présentera, j'aimerais autant être absent » disait Woody Allen. « Non, je ne crains pas la mort », nous dit Aurélien Scholl, « mais je trouve que la Providence a mal arrangé les choses. Ainsi je préférerais qu'on enterre mon âme et que ce soit mon corps qui soit immortel ». Or, la mort concerne chacun d'entre nous sans exception, comme l'évoquait déjà Voltaire : « J'approche tout doucement du moment où les philosophes et les imbéciles ont la même destinée ».

Un symbole de changement profond
La mort est ancienne. et « si ancienne qu'on lui parle en latin » (Jean Giraudoux). L'humanité a transmis un ensemble de connaissances concernant la mort qui circulent sous forme d'un enseignement ésotérique et de symboles. C'est en puisant dans les symboles de toutes les Traditions, où la mort est toujours évoquée par de puissantes allégories, que nous pouvons avoir une réflexion plus profonde. En effet les symboles sont souvent la seule passerelle possible entre le visible et l'invisible, entre le dicible et l'ineffable.
Dans son sens ésotérique le plus large, la mort est un passage, un voyage, elle symbolise le changement profond que subit l'homme par l'effet de l'initiation : il faut mourir à son imperfection pour avoir accès au progrès, à une vie nouvelle ou aux mondes inconnus des Enfers ou des Paradis. Quand la mort touche un être qui ne vit qu'au niveau matériel ou bestial, il sombrera dans les Enfers. Si au contraire il vit au niveau spirituel, elle lui ouvrira des champs de lumière.
La mort peut être comprise aussi comme une libération, une délivrance : elle délivre des forces négatives et régressives et libère les forces ascensionnelles de l'esprit.
N'oublions pas que la mort est symbolisée par Thanatos, fils de la nuit et frère du sommeil dont il a d'ailleurs le même pouvoir : celui de régénérer.

Une valeur initiatique
La mort est aussi symbole de révélation. Tous les rites d'initiation traversent une phase de mort, soit parce qu'il faut renoncer à quelque chose, soit parce que l'initié se trouve dans un état proche de la mort.
Dans diverses cultures, les expériences spirituelles ne sont-elles pas des petites morts ? L'ascèse, la transe, la méditation, le jeûne transcendent le corps physique pour mieux être en contact avec des forces subtiles.
Toujours dans son aspect symbolique la mort est représentée dans le Tarot par la 13ème arcane, carte représentée par un squelette et seule à n'avoir pas de nom. Elle exprime le deuil, la fatalité, le détachement, une évolution importante : car la mort fauche la réalité apparente, c'est-à-dire les illusions périssables. Le chiffre 13, quant à lui, renvoie à sa signification maléfique qui symbolise depuis l'Antiquité le cours cyclique de l'activité humaine, le passage à un autre état et par conséquent la mort. De plus on constate que les cartes qui suivent celle de la Mort, ont toutes un caractère plus céleste, plus élevé, aux noms évocateurs : la Maison-Dieu, l'Etoile, la Lune, le Soleil, le Jugement, le Monde...