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La mort, un miroir pour notre vie
par Michèle Théron

Du déni à l'acceptation
Mais faire face à la mort est un travail difficile, que ce soit pour le mourant ou pour l'entourage. Cette confrontation provoque un choc, qui va rebondir en plusieurs étapes, largement décrites dans les ouvrages du Dr Kübler-Ross. Ce n'est qu'après une attitude de déni (« Non, ce n'est pas possible »), puis de rage et de colère (« Pourquoi moi »), de marchandage avec « Dieu » (« Laissez-moi au moins tant de mois à vivre »), et de dépression, que le patient pourra éventuellement accéder à l'acceptation de la situation (« C'est ainsi et tout est bien »).

Arnaud Desjardins explique dans « Pour une mort sans peur » : « Si chaque fois qu'un état vous perturbe vous refusez, vous créer 'un second', vous établissez une dualité. Comment pouvez-vous espérer adhérer parfaitement aux phénomènes physiologiques inévitables au moment de la mort ? (...) Ce qui est est. Chaque fois que nous nous révoltons, que nous nous mettons en porte-à-faux avec la réalité, nous manquons l'essentiel, nous revenons dans le monde limité de la souffrance, (.) Adhérer parfaitement à sa propre souffrance, sans lui résister, c'est aussi rendre possible qu'elle ne nous soit plus insupportable... »

S'ouvrir à la vie
Travailler sur la mort, c'est travailler sur la vie. C'est rester en contact avec notre vulnérabilité, malgré l'illusion des progrès technologiques qui nous entourent. C'est accepter de lâcher sans cesse notre contrôle sur la vie, car nous ne contrôlons rien, et même si cela nous offense dans notre illusion de pouvoir, nous restons assujettis aux forces de la mort.

En osant regarder ce que la mort génère comme émotion en nous, nous nous offrons la possibilité d'un questionnement. Que voulons-nous faire de notre vie ? Quel sens donner à notre existence ? Quelles sont les forces que nous aimerions libérer dès à présent pour ne rien regretter au dernier jour ? Il est nécessaire pour cela de franchir des étapes dans notre vie au quotidien. L'acte de mourir s'applique à tout changement significatif : il faut savoir mourir à notre enfance, à notre jeunesse, à notre beauté, à notre force première et faire face à toutes sortes de pertes qui sont autant de deuils à affronter (chômage, retraite, divorce.). C'est dans cette confrontation que nous pouvons opérer des changements productifs dans notre vie. Il nous faut rester vivant pour ne pas passer à côté de notre vie, travailler à notre intériorisation, notre fluidité, travailler sur le deuil, la notion de passage. C'est dans l'acceptation des expériences et de tous les petits deuils de la vie que l'on peut se préparer au grand deuil final. L'important, c'est d'être prêt à tout moment à sacrifier ce que nous sommes pour ce que nous pourrions devenir.

La boucle est bouclée, la mort nous ramène à la vie ; tout s'inscrit dans un cercle, comme aimaient à le dire les Indiens : « Tout ce que le Pouvoir du Monde fait est réalisé dans un cercle ». Il y a en effet une dynamique qui n'est pas linéaire : la vie nous porte à la mort et si nous daignons regarder la mort, elle nous ramène à la vie, elle enseigne ceux qui restent et qui avancent dans le cycle perpétuel des existences.

Nous cherchons tous à croître, c'est à dire à devenir à la fois pleinement soi-même et pleinement humain. Pour cela il faut être prêt à prendre des risques et oser devenir sujet de notre vie. « En s'ouvrant et en se donnant au dialogue avec les autres, on commence à transcender son existence individuelle et on devient un avec soi-même et avec les autres. On peut voir venir dans la paix et la joie la fin d'une vie ainsi engagée, sachant qu'on a bien vécu sa vie » (1)

C'est une quête qu'il convient d'entreprendre dès maintenant, car il n'existe concrètement que « l'ici et le maintenant ».

Ce travail douloureux mais nécessaire est finalement un travail sur la lucidité, et comme le dit si joliment le poète René Char : « La lucidité est la blessure la plus proche du soleil ».

Michèle THÉRON
Naturopathe
Thérapeute psycho-corporel
06.85.67.73.54