Le block note : revue de presse - les Articles

Sélection rubriques : Sommaire | Revue de presse | Glossaire | Salons - Congrès |

Pages 1 - 2 - 3 - 4


Trousse de survie pour relations impossibles
par Denise Noël

Encore habitée par les images des attentats survenus aux États-Unis, je réalise à quel point le sujet du journal est approprié : comme relations impossibles, difficile de faire mieux !
Devant les scènes de violence, je vivais, comme plusieurs d'entre vous je suppose, un mélange d'horreur, d'incrédulité, d'impuissance et une certaine crainte : qu'est-ce qui va nous arriver, y aura-t-il une guerre ? De la peine aussi. De la colère, des jugements ? pas vraiment.
Peut-être parce que ces attentats ne sont que des images grossies de ce que je vois tous les jours à une échelle réduite: la haine en action dans nos vies et dans nos interactions.

Le goût de faire mal, de punir, de détruire, de saboter, j'y fais face tous les jours et je sais à quel point c'est fort et persistant, comme toute addiction. Je sais aussi le courage que ça prend pour confronter ces aspects et les transformer en rage de vivre puis en passion créatrice et amoureuse.
Ces événements terribles seraient-ils un signe pour nous tous qu'il est temps d'en finir avec la haine et la vengeance, ces terroristes de notre psyché qui font des ravages dans nos vies? Qu'il est temps de ne plus remettre à plus tard notre goût de vivre pleinement, d'aimer et d'être là les uns pour les autres.
J'entends encore certaines personnes me dire, comme ces terroristes qui sont prêts à mourir pour se venger :
« J'aime mieux mourir ou me détruire ou m'éteindre à petit feu, que de lâcher le contrôle sur... ou perdre la bataille ou donner raison à... ou renoncer à punir...»
Pas surprenant qu'on vive de l'angoisse, du vide et de l'impuissance quand on est habité(e) par de la haine.

Plutôt que de rester impuissants devant ces événements, faites appel à votre courage: regardez les endroits où vous ressemblez à ces terroristes, où vous lancez des missiles, où vous continuez à haïr, à priver, à bouder, à faire payer ou à saboter pour contrôler les autres, les faire souffrir ou avoir raison.
Je vous invite à utiliser ce journal pour faire face à ces aspects noirs qu'on préfère habituellement garder dans l'ombre ou projeter sur les autres.

Une relation impossible c'est

Une relation où on se sent victime d'un mauvais sort
Une relation où la communication se transforme en guerre de cent ans
Une relation qui avorte avant d'aboutir à sa fin heureuse comme dans les contes de fée
Une relation ou le ressentiment s'accumule et où on s'éteint petit à petit
Une relation où on est mal avec et sans l'autre
Une relation où on perd ses cheveux, ses moyens, son énergie, son estime, ses espoirs, son sommeil, son appétit (malheureusement pas sa cellulite, ne serait-ce pas merveilleux ?)
Une relation dont on ne parvient pas à se libérer, soit en y mettant fin soit en trouvant une manière d'y être bien
Une relation impossible ça peut tout aussi bien être une relation avec son amoureux (se), son enfant, son patron, ses employés, qu'une relation avec un rêve ou un projet créateur qui n'aboutit pas.

Ces relations impossibles sont-elles une punition parce qu'on n'a pas été gentil(les), le karma qui nous poursuit à travers les sombres ruelles de nos vies passées, un mauvais sort qui nous a été jeté à la naissance par une fée frustrée, la preuve qu'on n'est pas assez beau, bon, pas cher ou, trop beau, bon ou cher ?
Aucune de ces réponses ! Le but ultime de ces rencontres est de nous faire tomber en bas de notre tête (notre tour de contrôle) -là où la haine tient ses réunions au sommet pour éliminer l'ennemi qu'elle engendre elle-même - pour ensuite nous faire atterrir au paradis terrestre.
C'est quoi le paradis? C'est le flot amoureux et créateur qui circule librement dans nos corps. Quand on est branché sur ce flot, on est inspiré(e), amoureux(se), allumé(e), comblé(e), en paix. Les choses coulent de source.
Au début de ces relations impossibles, quand on est aux anges, l'autre nous reflète une parcelle de notre essence : une attitude, une énergie, une manière d'être en amour avec soi-même et les autres qu'on doit embrasser.
Quand ces personnes ou ces projets créateurs, qui nous ont permis de goûter à cette magie, se transforment en tyrans, c'est à nous de jouer pour confronter les démons intérieurs avec lesquels elles nous laissent...

Derrière chaque cercle vicieux, chaque impasse, se cache une intention négative. Chaque conflit insoluble est l'oeuvre d'une haine cachée, dissimulée derrière le mur de Berlin de ses justifications.
Cette haine (acquise dans l'enfance dans des moments d'impuissance) est la source de nos paralysies : elle est animée par l'intention de bloquer le flot créateur et amoureux (celui de l'autre et le nôtre du même coup) pour bouder, saboter cette vie ou cet autre qui nous ont trahi(es) ou blessé(es) en ne répondant pas à nos prévisions féeriques. On devient comme un ordinateur qui fige: on fait du sur place, du déjà vu, en rond ou en rang d'oignons. À défaut d'un pouvoir créateur, on prend un contrôle négatif. Triste prix de consolation !
Cette haine perpétue la ronde infernale bourreau-victime ou prédateur-proie. On désire être bien sans lâcher prise sur ce qui nous garde mal, sans cesser de contrôler l'autre ou de le punir. Aussi impossible que de vouloir traverser une rivière tout en restant accroché(e) à la rive.

Pour justifier et continuer cette vendetta justicière il nous faut trois choses :

  • garder et entretenir son mal (pouvez-vous bien me dire de quoi on va se venger si on est bien ?)
  • toujours avoir un spécimen de son bourreau, un exemplaire de son geôlier sous la main pour avoir une bonne raison de rester en contrôle, en bataille, sur la défensive, et ainsi éviter d'aller dans son propre vide intérieur, de s'abandonner à l'inconnu. Quand il n'y a pas un(e) bel(le) écoeurant(e) en vue, ça ne nous arrête pas pour autant : on en crée un(e) de toutes pièces en se comportant de manière à faire damner les plus grands saints.
  • entretenir sa peur face à ce qu'on ressent, peur qui était justifiée lorsqu'on était enfant mais qui n'a plus de raison d'être, maintenant qu'il y a toutes sortes de manières d'embrasser avec compassion les trous noirs de nos manques, de nos impuissances et nos désespoirs, sans se noyer dedans.