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Sélection rubriques : Sommaire | Revue de presse | Glossaire | Salons - Congrès |L'Oeil est un médium psychosomatique
par Guy S. Duchemin
Dès la conception commence la formation d'un organe complexe qui cherche la lumière. Mais l'oeil n'est pas créé que pour fournir des images du monde externe, ses fonctions non perceptuelles sont tout aussi importantes.
Lorsque quelqu'un devient myope ou astigmate ou développe un strabisme, l'oeil n'est pas le seul qui soit affecté. L'adaptation est beaucoup plus globale et entraîne des modifications qui affectent la personne tout autant dans ses façons d'agir et de penser que dans sa manière d'être. La forme que prend le globe oculaire constitue une réponse, concrétise une adaptation qui concerne à la fois les pensées, les émotions, la posture, de même que l'énergie originelle (terrain), le développement et l'environnement dans laquelle la personne évolue.
Dans cette perspective, un dérangement oculaire est non seulement considéré comme une perturbation de la fonction visuelle avec les inconvénients qu'elle entraîne, mais il est aussi estimé comme indicateur du vécu organique. Le strabisme, par exemple, n'est plus alors une simple déviation oculaire, il révèle aussi un déficit dans le développement de la coordination générale et l'équilibre tonique des chaînes musculaires latérales.
Dans le monde des causes, un dérangement oculaire signifie donc, d'abord et avant tout, une perturbation plus générale dans le couple énergie-mouvement. De par ses multiples interconnexions notamment avec les systèmes de posture et d'équilibre, avec le système hormonal -épiphyse et hypophyse- et les systèmes nerveux central et autonome, le système oculaire est un fidèle messager du genre de réaction globale que le corps a eu face aux agents-stress.
L'oeil, fenêtre ouverte sur l'intimité
L'oeil participe intensément à la vie organique. Le médecin et psychanalyste Alexander Lowen, créateur de l'approche bio-énergétique, affirme que «l'oeil reflète directement et immédiatement les processus énergétiques de l'organisme.» (1976).
Ainsi, de tous les organes des sens, l'oeil est celui qui peut le mieux nous révéler ce qui se passe à l'intérieur. La pupille qui se dilate sous l'effet du plaisir et se contracte devant une difficulté, la mise à foyer qui varie au gré des émotions et l'oeil qui louche sous l'effet de la fatigue constituent autant d'exemples de l'influence des pulsations internes sur le système oculaire.
Le corps est un tout. Ce qui se vit au niveau de l'ensemble a des répercussions sur les mécanismes oculaires. Envahi par la peur le corps se bloque et se fige dans une position de fermeture. Tout se passe de façon similaire dans la réaction oculaire. Dans cette dynamique de la «peur» (anxiété, inquiétude, nervosité), l'oeil se ferme, se replie, il se «myopise». Lowen affirme: «l'oeil myope est en état de choc...il exprime la peur.»
Parce que l'oeil traduit de façon immédiate ce qui se passe dans la sphère affective de la personne, les dérangements oculaires peuvent devenir l'empreinte laissée par les tensions résultant de blocages affectifs. Comme l'écrit encore Lowen, «chaque structure caractérielle a un regard typique».
L'oeil, reflet des pensées
Emotions, pensées et corps sont sur la même ligne harmonique: le médecin chirurgien B. Siegel écrit que le corps «répond aux messages du mental.» (1990) ; tandis que pour N. Cousins, cité dans le New England Journal of Medicine (1984) il tend à «se modifier selon les attentes et les espérances formulées par l'esprit.», et que selon Deepak Choprah, médecin, il est «une création de nos pensées.»(1994). Le docteur Choprah affirme aussi que «les croyances modulent le corps physique.» (1993).
Pourquoi l'oeil -tout autant que le corps- ne pourrait-il pas se modifier en suivant la trajectoire indiquée par ces mêmes émotions et pensées?
Si nos pensées sont contraintes d'anxiété, prisonnières de la colère ou de la tristesse, notre vue s'embrouille. L'oeil peut même, alors, changer de forme. Nous sommes des créatures visuelles, nous sommes nés pour regarder et voir. Si nous ne le faisons qu'à travers des filtres négatifs nous nous rendons fragiles à l'obscurcissement de notre vision. Si nous ouvrons notre Coeur, nos yeux adopteront la même ouverture, si notre Coeur est fermé, nos yeux se contracteront. L'attitude positive ou négative que nous adoptons dans la vie influence notre vue, elle imprègne notre vision de nous-mêmes et du monde. Si notre Coeur est fait de tranquillité, nos pensées sont calmes, positives et nos yeux en ont la lumière.
Indice postural
Le globe oculaire se forme et se déforme au gré de la posture corporelle; les premières tentatives de l'enfant de se tenir debout s'accompagnent d'astigmatisme à axe vertical (affaissement de la courbure verticale de la cornée), astigmatisme qui disparaît ensuite. Tout se passe comme si l'oeil était constamment avisé de la façon que le corps se maintient en regard de la gravité. Comme s'il était tout le temps à l'écoute des changements des tensions corporelles. Nous savons maintenant que telle est la réalité. Les travaux de Roll (1985) en ont établi la preuve: il existe une étroite interrelation entre l'équilibre tensionnel des muscles oculaires externes et le tonus postural corporel. Par exemple l'abaissement du regard entraîne le corps vers l'avant.
Par ailleurs, Harmon, Ph.D1, spécialiste de la croissance et du développement des enfants d'âge scolaire, a réussi, dès les années 50, à démontrer, avec l'aide d'une équipe multidisciplinaire, qu'il y a des variations dans le mécanisme de la mise à foyer lorsque certains muscles du cou et du dos subissent une légère compression mécanique ou électrique.
La présence d'un dérangement oculaire peut donc présumer d'une posture et de tensions corporelles spécifiques. Dans sa recherche clinique, menée conjointement avec des optométristes, l'ostéopathe Hélène Brossard (1990) a su démontrer que «la cause première de cet astigmatisme est d'origine posturale.» L'astigmatisme dont il est question est celui présent chez une majorité de jeunes violonistes ayant fait l'objet de sa recherche.
Il y a là suffisamment d'évidences pour associer dérangement oculaire et posture; chacun portant la marque de postures et tensions particulières. A cause de cela, il est permis d'affirmer que l'oeil cristallise les postures corporelles. En d'autres termes, chaque dérangement oculaire possède sa posture typique.
Conclusion
La science moderne démontre de plus en plus, avec ses moyens techniques, la vérité des affirmations faites, pour certaines d'entre elles, depuis fort longtemps et qui certifient l'importance de l'oeil et de la vision dans plusieurs champs d'activité humaine.
On accepte facilement que des agents-stress puissent favoriser le développement d'ulcères d'estomac, d'infarctus, de burn-out, de maux de dos, de céphalées, de problèmes intestinaux, de problèmes d'élimination, de perturbations des cycles naturels, etc. Cela s'applique aussi à l'oeil. De par ses multiples interconnexions avec les systèmes postural, endocrinien, neuro-végétatif et central l'oeil subit tout autant les contrecoups des agents-stress et peut-être même plus à cause de la fragilité et de la complexité de son fonctionnement.
Tout comme un miroir, le dérangement oculaire peut servir à masquer ce qu'il y a devant mais il sert, étonnamment bien, à mieux observer ce qu'il y a derrière: le vécu, le passé de la personne.
Guy S. DucheminDocteur en optométrie
Approche globale de la vision
vision@laurentides.net
BIBLIOGRAPHIE
Brossard, H., Incidence de la posture de tête sur l'astigmatisme chez les jeunes violonistes, Thèse en ostéopathie, juin 1990.
Choprah, D., Vous avez l'âge de votre âme, Yoga Journal, 1993.
Cousins, N., Taking Charge of your health, Science 84, Washington, D.C.,1984.
Feldenkrais, M., La conscience du corps, Du Jour / Laffont, Montréal, 1971.
Harmon, D.,B., Notes on a dynamic theory of vision, OEP Foundation, Austin, 1958.
Lowen, A., La Bio-Énergie, Montréal, Québec, Du Jour/Tchou, 1976.
Roll, J.P., Kinaesthetic and motor effects of extraocular muscle vibration in man, Elsevier Science, Amsterdam, 1987.
Siegel, B.S., L'amour, la médecine et les miracles, J'ai lu, Robert Laffont, Paris, 1990.