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L'AGRESSIVITÉ : UNE ÉMOTION DÉRANGEANTE MAIS NÉCESSAIRE
par Monique Brillon

Parmi la gamme des émotions humaines, l'agressivité (et ses variantes en nuances et en intensité : irritation, rage, amertume, rancour, rancune, violence et autres) est parmi les plus dérangeantes. Lorsqu'elle vient perturber les relations affectives ou qu'elle se présente avec une intensité qui dépasse de beaucoup la situation qui l'a provoquée, elle embarrasse et l'on aimerait mieux ne pas avoir à s'y frotter. Certaines personnes semblent ne connaître qu'elle. Elles en sont habitées, tout et rien les met en rogne, souvent à leur grand désespoir et à celui de leur entourage. Dans ces cas, savoir comment composer avec elle pose problème à plusieurs. Pour éviter d'y être confrontés, ils mettent en branle divers mécanismes de défense qui, à l'usage, peuvent avoir un impact sur la santé physique ou mentale.

D'où vient cette émotion qui se présente sous forme d'une impulsion inattendue souvent difficile à contenir ? Quels liens entretient-elle avec le corps ? Qu'est-ce qui la déclenche ? Quelle est son utilité ? Quels en sont les destins possibles et leurs impacts sur la santé ? Le présent article tente de répondre à ces questions. Mieux connaître la violence qui nous habite peut nous aider à en repérer les effets en nous-mêmes et chez les gens qui nous consultent.

La violence instinctuelle ou les racines corporelles de l'agressivité

Toute émotion prend racine dans le corps. Un événement, une rencontre avec le monde extérieur, nous interpelle : une réaction émotionnelle se déclenche. Celle-ci est instantanée, involontaire, et sollicite le corps dans son entier. Chaque émotion a ses manifestations physiologiques propres. Pour sa part, l'agressivité véhicule une forte charge énergétique dont on ressent l'intensité dans les systèmes cardio-vasculaire, respiratoire et musculaire. Qui ne connaît pas ce bouillonnement dans la poitrine, cette rougeur qui envahit le visage, l'accélération du rythme cardiaque qui augmente la circulation sanguine, dilate les narines, tend les muscles et crispe les mâchoires ? La perception de ces réactions corporelles correspond au ressenti de l'émotion. Il s'agit d'un processus complexe impliquant plusieurs circuits neuronaux qui traversent les différentes couches du cerveau, et plus spécifiquement celles de l'hémisphère droit(1). Comme ces modifications corporelles sont indépendantes de notre volonté, elles ne mentent pas ; elles disent exactement l'impact qu'a sur nous tel événement ou telle rencontre.

Certaines émotions sont déjà programmées dans notre cerveau à la naissance. On les dit instinctuelles. La peur et l'agressivité sont de celles-là. D'autres se développent avec l'apprentissage, à la faveur des relations entre l'enfant et les adultes qui en prennent soin. Parmi celles-ci, on peut noter l'amour, la compassion, la générosité, la gratitude, etc... Ces émotions évoluées demandent la participation du néocortex pour être ressenties. Pour leur part, les émotions primitives sont décodées au niveau de l'amygdale, l'une des composantes du système limbique qui regroupe plusieurs structures sous-corticales. Les comportements qui leur sont associés, soit la fuite pour la peur et l'attaque pour l'agressivité, sont aussi programmés génétiquement.

Ils visent la survie de l'individu et la conservation de l'espèce. Ainsi, nous portons tous, inscrits dans nos gènes, un potentiel de violence susceptible d'être ranimé à chaque fois que nous détectons une menace. L'expression «violence instinctuelle» est utilisée pour rendre compte de cette réalité génétique héritée des espèces animales inférieures dans la chaîne de l'évolution des espèces. L'agressivité que nous ressentons peut contenir plus ou moins de cette violence instinctuelle.

En ce qui concerne les humains, la vie en société impose des règles de fonctionnement à ces instincts violents. L'éducation se charge de nous apprendre à les contenir, ce qui nous oblige à leur trouver des voies d'expression plus adaptées, dont la voie psychique, comme nous le verrons un peu plus loin. Cependant, afin d'éviter qu'ils ne s'éteignent, à chaque nuit, ces programmes génétiques sont réactivés durant les phases de sommeil paradoxal. À chaque fois que nous sommes confrontés à une situation qui réveille notre violence, biologie et éducation risquent donc d'entrer en conflit, la première poussant à l'expression directe des comportements d'attaque, la seconde cherchant à les contrôler et à leur imposer des modalités particulières. Notre adaptation, notre équilibre physique et mental, dépendent de l'issue que nous lui trouverons(2).