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Le block note : glossaire - les disciplines
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Complément d'information
L'art des jardins
Les paysagistes japonais ne veulent pas réorganiser la nature suivant des formes plus ou moins géométriques, à la manière occidentale. Dans un espace souvent réduit, ils recréent la richesse, la variété de la nature. Si cette reconstitution du réel est l'aspect le mieux connu en Occident, ce n'est pas le seul que présentent les jardins zen. Les Japonais délaissent souvent la représentation fidèle du réel au profit d'une représentation symbolique de la nature. Les spéculations zen mènent alors à des réalisations quasi abstraites. Un des modèles les plus achevés du genre est le jardin du temple Ryoanji à Kyoto. Ce jardin est composé uniquement de pierres disposées sur un rectangle de sable gris.
C'est Kyoto qui abrite le plus grand nombre de réalisations des paysagistes zen du shogunat Ashikaga et leurs successeurs au XVIIIe siècle. Par la cérémonie du thé (chano-yu), les maîtres du zen ont su faire, d'un besoin quotidien, un véritable rite d'une simplicité et d'un raffinement extrêmes. La perfection du geste est au cour de la cérémonie. C'est la recherche du dépouillement qui mène à la beauté.
Le grand maître Senno Rikyu, arbitre du goût japonais à la fin du XVIe siècle, frémirait sans doute devant l'exploitation commerciale et touristique des traditions zen aujourd'hui. L'idéal guerrier, l'ascèse intérieure à la base du zen se traduisent dans le domaine de l'esthétique par une simplicité et une mesure qui, bien plus qu'à décrire, visent à suggérer.
Le zen aujourd'hui
Avec le shogunat Ashikaga, le zen a connu son âge d'or. Son influence va se poursuivre sous les Tokugawa : on la ressent alors dans la composition de certains haikus. Mais un goût nouveau pour un art populaire baroque se développe. Une débauche de luxe, de magnificence remplace la simplicité, la sévérité suggestives des peintures monochromes à la chinoise. Pourtant le zen, discipline de vie, n'est pas mort. On connaît l'engouement - peut-être superficiel - des sociétés européennes de la seconde moitié du XXe siècle pour tout ce qui est zen, de la nourriture à l'art, en passant par la méditation.
À quoi ce mouvement correspond-il profondément dans le Japon d'aujourd?hui ? Le zen, ascèse intérieure, est aussi une discipline extérieure. La contemplation n'isole pas du «monde», elle l'utilise à travers l'activité physique, elle en fait un moyen de perfection. L'activité physique, qu'il s'agisse du geste du judoka ou du geste de l'ouvrier qui travaille à la chaîne, est utilisée pour atteindre les «sommets» de la contemplation. Le succès du zen puise peut-être sa source dans le fait que, parfaitement intégré au monde moderne, il ignore le fossé que le monde occidental a creusé entre progrès technologique et vie spirituelle. Cette profonde interpénétration des mondes intérieur et extérieur est ce qui fait à la fois l'originalité et la force du zen.
Le zazen
Le zen, qui a influencé profondément toute la culture japonaise, n'est pas une religion au sens classique du terme, mais une recherche de l'appréhension directe de l'essence de toute chose. Son secret est la posture de «méditation» elle-même, le zazen, ce qui veut dire «être assis». Elle consiste simplement à s'asseoir sur un coussin, face au mur, jambes croisées, genoux au sol, bassin basculé en avant pour garder la colonne vertébrale parfaitement droite, menton rentré, mains posées l'une sur l'autre contre le bas-ventre, paumes vers le ciel, pouces joints, en se concentrant exclusivement sur la posture et la respiration, calme et profonde. Ainsi, tel un verre d'eau boueuse au repos, l'esprit retrouve naturellement, automatiquement, inconsciemment sa transparence originelle.
Au XXe siècle, l'Occident commence à s'intéresser à l'aspect philosophique du zen. Des auteurs comme D.T. Suzuki, Herrigel ou Dürckheim en furent des vecteurs importants. Mais c'est surtout depuis la fin des années 1960 que la pratique du zazen a pénétré les sociétés occidentales, apportée notamment en France par le moine Taisen Deshimaru et en Californie par S. Suzuki.
L'art zen
Le zen est à l'origine d'une évolution de la technique de la peinture chinoise, puis de la peinture japonaise, essentiellement motivée par une exigence incompatible avec les systèmes élaborés en Occident.
Le point qui est l'oiseau
Le zen, et avant lui le ch'an, exige en effet que le peintre, transcendant l'esthétisme, soit capable de représenter un « moment de vérité visuelle » de la nature, dans un mouvement d'appréhension instantanée, inséparable de la nature elle-même ; autrement dit qu'il puisse parvenir sans effort à une création picturale qui, loin d'être une copie de la réalité objective, se présente comme le plus pur produit possible de la nature elle-même, ou plutôt réalise l'existence même de la forme appréhendée : « Un point sur une peinture sumiye ne représente pas un faucon, une ligne courbe ne symbolise pas le mont Fuji. Le point est l'oiseau, et la ligne est la montagne » (Suzuki). Dans la mesure ou l'art implique une esthétique, un effort concerté, contraires aux principes qui régissent ce type de création spontanée, on peut dire qu'il n'existe, à proprement parler, ni art ch'an ni art zen.
© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2000