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Psychologie

Définition encyclopédique

Psychologie :
Étude scientifique des activités mentales (phénomènes de l'esprit, de la pensée) et du comportement. Science ayant pour objet les activités nerveuses supérieures et le comportement des espèces vivantes les plus évoluées.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2000

Historique

L'âme, le comportement et les structures mentales

La psychologie rationnelle a pour objet l'âme, qu'elle étudie par la seule raison; en effet, son existence, son immortalité... sont des concepts non observables. La psychologie expérimentale, elle, concerne les manifestations observables de l'âme (sensations, mémoire, passions). Dénoncé par les théologiens comme athée auprès du roi de Prusse, Christian von Wolff dut s'exiler pour éviter la corde.

Les tentatives pour jeter les bases d'une psychologie expérimentale, scientifique, aboutiront dans la seconde moitié du XIXe siècle avec les Éléments de psychophysique (1860) de Gustav Teodor Fechner, les travaux du grand physiologiste Hermann von Helmholtz (1821-1894) sur la vision et l'audition, et la première contribution expérimentale sur la mémoire, due à Hermann Ebbinghaus, en 1885. L'institutionnalisation de la discipline revient à Wilhelm Wundt, qui fonda l'Institut de psychologie de Leipzig, en 1879. Ce premier laboratoire de psychologie expérimentale attira des jeunes chercheurs du monde entier, lesquels créèrent à leur tour des laboratoires: celui de Granville Stanley Hall en 1887 aux États-Unis, celui de James McKeen Cattell, celui de Charles Spearman en Grande-Bretagne, et celui de Benjamin Bourdon en France, à Rennes, en 1896. Si la psychologie expérimentale naît en Allemagne dans le sillage de la physiologie, en France, la psychologie scientifique est impulsée par le médecin Théodule Ribot (1839-1916), qui utilise la pathologie comme base de la démarche scientifique. En 1885, est créée à la Sorbonne une chaire de psychologie expérimentale, mais Ribot, opposé au courant spiritualiste de la faculté, rejoindra la chaire de psychologie expérimentale créée pour lui au Collège de France. Là naîtra le premier laboratoire français, dirigé par Alfred Binet, l'inventeur du premier test d'intelligence.

À ses débuts, la psychologie expérimentale manque parfois de rigueur scientifique. Certains croient notamment en la possibilité de fonder une métaphysique expérimentale démontrant la vie dans l'au-delà ou de prouver l'existence d'esprits par des expériences spiritistes (tables tournantes, télépathie). Les premiers expérimentalistes utilisent également l'introspection - une méthode héritée de la psychologie philosophique - qui consiste à tenter de décrire ses propres états mentaux. L'attaque la plus radicale contre cette méthode fut lancée par John Broadus Watson, un jeune chercheur du premier laboratoire américain (sis à Baltimore), fervent darwinien qui travailla sur l'apprentissage animal dès le début du XXe siècle, à une époque où la psychologie animale venait à peine de naître, sous l'influence de la théorie de Darwin (De l'origine des espèces,  1859). Selon Watson l'homme est le produit et le point culminant d'une évolution, et ne diffère des autres animaux que par son organisme et son cerveau plus complexes. Les animaux ont donc eux aussi un psychisme, quoique plus primitif, lié à leur cerveau (et non à une âme immatérielle) et l'introspection est donc une méthode illusoire. À partir de 1913, Watson pose les principes d'une nouvelle psychologie, qu'il cherche à rendre réellement scientifique. Contrairement à l'introspection, qui ne peut donner que des observations subjectives, spécifiques à chacun, l'objectivité scientifique repose sur des expériences concordantes, reproductibles, confirmées par plusieurs observateurs. Seuls deux types de paramètres peuvent être observés objectivement: les stimulations, ou stimulus, et les réponses, ou comportement (behavior, en américain). Les béhavioristes, ainsi nommés par Watson, établissent une coupure radicale avec la psychologie subjective (ou philosophique), rejetant le concept d'états mentaux et substituant au vocabulaire de l'ancienne psychologie - qui se rapporte au mentalisme - des termes comportementaux, dont certains resteront en usage jusque dans les années 1970 (langage est remplacé par «réponses laryngées», mémoire par «apprentissage»...).

Le mouvement béhavioriste, qui a marqué le développement de la psychologie scientifique, est cependant réducteur. En effet, Watson et les béhavioristes insistent sur l'idée que les comportements ont une base associative, à la fois par la découverte des associations entre neurones (les synapses) et par celle du conditionnement. Vers 1900, le physiologiste russe Ivan Petrovitch Pavlov démontra en effet, grâce à des expériences menées sur des chiens, que, par la répétition, un stimulus neutre (un son) associé à un stimulus actif (un morceau de viande dans la gueule) devient lui-même actif pour le réflexe salivaire.

Pour Watson et ses successeurs, le conditionnement sera le modèle du mécanisme de base par lequel tous les comportements s'établissent et se spécifient. De l'intelligence à la personnalité, tout s'explique, pour le béhaviorisme, en termes d'associations plus ou moins complexes.

Le béhaviorisme sera fortement critiqué par différents courants théoriques, en particulier par la psychologie pathologique (Pierre Janet), la psychanalyse (Freud), la psychologie génétique (Piaget), la psychologie différentielle (Spearman, Burt).

La véritable révolution viendra de nouvelles sciences et des techniques de l'électronique. La recherche dans les télécommunications donne naissance à la théorie de l'information (Claude E. Shannon, 1949) et à la cybernétique (Norbert Wiener, 1948), science nouvelle des systèmes machines ainsi que des systèmes vivants capables d'autorégulation (feed-back) et de communication. En Grande-Bretagne, puis aux États-Unis, sont construits les premiers ordinateurs. La cybernétique et l'informatique vont fédérer des chercheurs de différentes disciplines, générant de nouveaux concepts appliqués à la fois au cerveau humain et au «cerveau électronique». Tandis que les informaticiens empruntent des concepts psychologiques (mémoire, langage, «intelligence artificielle»), les chercheurs en psychologie utilisent des concepts cybernétiques ou informatiques (codage, traitement, stockage, etc.). Cependant, contrairement à une idée répandue, les psychologues ne comparent pas le fonctionnement du cerveau à un ordinateur, mais le fonctionnement de l'un et de l'autre est appréhendé dans la perspective du traitement de l'information.

La perception et le langage sont ainsi considérés comme des codes de plus en plus élaborés d'informations sensorielles; la mémoire est conçue comme un ensemble de modules de stockage, avec des codes et des vitesses d'oubli différents; la personnalité, dans cette vision, n'est plus dirigée par un inconscient mystérieux: elle correspond désormais à l'ensemble des règles sociales mémorisées qui déclenchent des stratégies maximalisant les gains et minimalisant les pertes (chantage de l'enfant avec ses parents, conflit entre des protagonistes...). Cette approche remet à l'honneur le fonctionnement et les structures mentales, valorise les systèmes de représentations analogiques (images) ou alphanumériques (langage) qui permettent de produire les connaissances (intelligence) et de les stocker (mémoire). La dénomination psychologie cognitive (de cognition, «connaissance») implique qu'on se place dans la perspective du traitement de l'information. L'apport comportementaliste (béhavioriste) n'est cependant pas renié; la conception associative revient en force sous la dénomination de connexionnisme, terme issu de la théorie de l'intelligence artificielle, qui analyse les connaissances sous forme de réseaux de connexions entre neurones «formels» (symboles simulant le fonctionnement du cerveau dans les ordinateurs).

À mesure que la psychologie se différencie, elle apparaît de plus en plus solidaire d'autres disciplines. Ainsi, les sciences cognitives regroupent certains secteurs de la psychologie et de l'informatique, et les neurosciences fédèrent plusieurs secteurs de la psychologie et des sciences biologiques.

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